Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Profil

  • : Claude Hiquet
  • claude-hiquet
  • : Femme
  • : 02/07/1972
  • : ouest
  • : Lire écrire donner vie aux mots mettre des mots dans la vie
  • : J'ai rencontré Claude Hiquet peu de temps avant... Enfin, je vous dirai tout en temps et en heure. A ce moment là, je travaillais et je travaille toujours à prêter ma plume aux autres. Cela donne ceci : http://www.links-services.net/celine.dutheil/ Par temps gris, il m'arrive de rechercher l'évasion. Parfois, dans mes voyage, je fais d'étranges rencontres. Cela donne ceci : http://www.manuscrit.com/catalogue/textes/fiche_texte.asp?idOuvrage=10171 Bref, je vous invite à […]

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Mardi 25 septembre 2007

 

bouche.JPG - « Mais... Mais que se passe t-il ?... Tes lèvres, ta langue, ton visage...?
- « Quoi ? qu'est ce que j'ai ?
- « Tu es bleue... Toute bleue... Ton plume bave tout ce qu'il sait..."
 

Voilà, c'est comme ça que tout a commencé. Je suis née de l'encre fuyante d'une cartouche d'encre, éclatée dans le corps d'un stylo à plume. Je m'appelle Claude Hiquet... ça y est ? Vous avez bien ri ? Parfait, je continue. Claude Hiquet donc, pour que ça cloche parfaitement avec le scénario. Hé oui, je suis un « scénar' » comme on dit, à moi toute seule, un poème aussi, un roman, fleuve de préférence, je suis avant tout, une catastrophe ambulante. Je ne me suis pas encore vue. La main qui me guide n'a rien d'une illustratrice, loin s'en faut. De ce que j'ai pu lire avant la dernière sauvegarde et la mise en veille, j'ai une trentaine d'années et je suis, en ce bas monde, la pire des bordéliques. Je suis née anorexique le mauvais jour à la mauvaise heure, j'ai révolutionné le monde de la pédiatrie, j'ai oublié de grandir, j'ai les pieds creux, détail qui me vaut un ridicule patronyme.

 


-
« J'ai pas demandé à venir au monde moi ! »

 

Ai-je protesté, un matin qu'on m'effaçait pour mieux m'accoucher... Encore...

-
« Oui, oui, c'est ce que disent bon nombre d'adolescents quand on leur refuse une sortie, un scooter, un peu d'argent de poche... Cesse de te rebeller ou bien tu n'auras jamais de scooter »


A répondu le curseur qui me sert d'obstétricien à chaque nouvelle naissance. Comme s'il était possible que je chevauche un scooter, moi !... Un crayon-balai encore, une plume géante, où un livre relié, je ne dis pas, mais un scooter, franchement... Mieux valait clore la discussion et tourner la page. J'ai tourné les talons toujours est-il, dans un haussement d'épaules

significatif. Le courant d'air a soulevé la page et je me suis envolée. J'ai atterri dans une scène stupide et indigeste. J'y naissais, encore, directement adulte cette fois-ci. Allez savoir comment, j'arrivais les pieds devant, bottée de cuir noir. Naître en siège, arriver les pieds en premier, passe encore, naître avec des bottes, celle là, on ne me l'avait jamais faite ! Je plains sincèrement tous les accoucheurs victimes de cet étrange cauchemar, je plains toutes les jeunes mamans aussi. J'imagine sans mal les acidités provoquées par les bottes noires, je n'imagine pas les heures de travail pour passer ne serait-ce que les bottes. Bref, je vous laisse juge de cette plâtrée de pseudo littérature.

Un jeudi 15 Novembre, le religieux cadran du clocher, dominant sur la rue Pluviôse, décline lentement sa litanie horaire.
Lourdes, les lames au travail d'orfèvre s'échinent éternellement à atteindre leur but. Eternellement le but s'échappe, dévoile un autre instant et la lame la plus lourde continue de poursuivre sa minime sans jamais la rattraper. Un jeudi 15 novembre pourtant, le religieux cadran du clocher, dominant sur la rue Pluviôse, ébranle la mécanique millénaire. Au cœur du monument, le bourdon, imposant dans sa parure de fonte et de bronze, se balance, lugubre au bout d'une immobile corde, désormais reléguée au rang des attractions touristiques, déclarée obsolète à l'aube de l'ère numérique. La danse macabre rassure le passant, qui vérifie tout de même, jetant un œil à son poignet, l'exactitude du langage horaire clérical. Ce jeudi 15 novembre, par trois fois, la cloche millénaire affirme son rôle, il est 15h rue Pluviôse. Le cadran solaire de la vieille mairie est inutilisable. Au faît du clocher voisin, les nuages menaçants ont pris la girouette en otage et s'amoncellent encore, invincibles et invaincus envahisseurs, empêchant fermement le passage du moindre rayon, fût-ce t-il d'or. Longeant la rue Pluviôse, le passant, accoutumé au ciel chagrin de sa terre natale, se presse sans raison. Le temps ne lui manque pas dans cette petite ville, pittoresque aux yeux des touristes incultes, immuable et immobile face à l'inutile course des heures futiles. L'air affairé, mais le nez au sol et les yeux rivés au bitume du trottoir étroit, il est plongé sans même en avoir conscience dans l'observation obsessionnelle des chaussures de ses congénères. Ses mocassins de cuir noir connaissent le chemin par cœur pour s'être usés dessus, jour après jour, suivant un même et inévitable trajet, aux mêmes horaires, pour une seule et sempiternelle course : le renouvellement des stocks de l'imprimerie. De l'imprimerie au grossiste ; du grossiste à l'imprimerie ; du corps léger et pressé, au corps alourdi et mal équilibré ; de l'aller au retour, les mocassins noirs ont travaillé de la semelle. Leur hôte, lui, n'essayait pas de travailler de la tête pour prévoir de venir en voiture. Au final, les mocassins noirs, effectuent en ce jeudi 15 novembre à 15h, rue Pluviôse, leur dernier trajet. Passé le grossiste en matières premières, ils prolongeront leur route jusqu'au magasin de chaussures ; on leur trouvera une confortable boîte de carton d'où s'extirperont leurs clones, on les y couchera en vis à vis avant l'ultime destination : la benne à déchets du cordonnier voisin.

 

- « Bien ! on a posé le décors, enterré les mocassins... C'est vrai qu'on est tellement mieux en charentaises... »

 

L'écho du dernier coup de bourdon s'étire encore jusqu'aux oreilles du passant de la rue Plûviose lorsque le trottoir marque un niveau, cède la place à l'évacuation des égouts puis au macadam de la route, lui même zébré de la peinture blanche de signalisation au sol. Toujours plongé dans l'observation du défilé de souliers, le propriétaire des mocassins noirs descend machinalement du trottoir, traverse consciencieusement sur les clous avant de rencontrer un inhabituel obstacle sur son trajet quotidien : un conducteur, peu enclin au code de la route, a garé son véhicule sur le passage piéton.

 

- « C'est idiot, la place derrière est libre, il aurait suffit d'un créneau... »

 

Pense alors le passant, décrochant son regard du défilé chaussé pour l'attarder sur la portière rayée de la voiturette citadine.

 

- « C'est bien fait... »

 

Ricane intérieurement le passant, remarquant alors l'antenne radio, en piteux état

 

« ... M'étonne pas... »

 

Conclue silencieusement l'observateur obsessionnel en contournant l'obstacle pour reprendre sa route et remonter sur le trottoir à l'angle des rues Pluviôse et Brumaire.

 

- « Ouais, je ne le sais pas encore mais je suppose que l'obstacle ignorant des premières règles de civilité, c'est moi ! »

 

Le défilé de pieds reprend. Bientôt, le religieux cadran sonnera 16 h et le rythme s'accélère. Des roulettes de poussettes précèdent souvent de petites chaussures fines, escarpins, talons hauts ou semelles compensées. De temps à autres quelques souliers marginaux, rouges, jaunes ou encore vert bouteille, parés de brillants excentriques esquissent un pas chassé, évitant les feuilles, poussées par le vent, entassées le long des commerces. Peu à peu, de très petits pieds encore mal assurés accompagnent les pas réguliers de leurs danses infantiles, échappées des écoles, crèches et garderies. Ils bousculent innocemment les bouts de canne qui répondent, simulant l'estocade d'un autre âge, ravis pourtant, de cette joyeuse perturbation.

 

-« Sans blagues ? Même les petits vieux portent des chaussures ? Pour une
découverte...


Cassant brusquement l'incessant va et vient, une paire de bottines noires stationne soudain à l'angle du trottoir. Les mocassins marquent l'arrêt, courtois, pour laisser passer le binôme botté, mais celui ci ne bouge pas. Les yeux rivés au sol, s'élèvent un peu, découvrent de menus mollets sous le tissus gris sombre d'un pantalon austère mais très professionnel. Une paire de jambes monte au dessus des mollets, surplombée d'un buste féminin moulé dans un pull de laine rouge. D'un mouvement sec, un bras ramène au centre du buste, un sac à main gonflé d'une multitude de papiers, d'un agenda bientôt plus gros que le sac lui même. Un portefeuille, un porte carte et un porte monnaie tentent l'évasion. Les petites mains qui fouillent énergiquement le contenu, rattrapent les fuyards in extremis. La scène hypnotise le passant. Il s'immobilise, captant le moindre détail, jusqu'à la devanture du magasin, esquissée entre les jambes grises et bottées. Au bras de la jeune femme, un emballage, marqué fragile, balance dangereusement. L'énorme agenda s'échappe enfin, déchirant dans sa fuite, une anse du cabas de carton. Le tout tombe lourdement au sol, au raz des mocassins de cuir, dans un bruit de porcelaine cassée.

- « Et m... »

Lâche grossièrement le coffre ridicule caché derrière la poitrine joliment soulignée de rouge. Le brusque son de la voix, impétueuse et haut perchée, écorche les oreilles du spectateur, définitivement sorti de son étude visuelle des souliers citadins. Il recule de deux pas et termine sans gêne aucune sa découverte de « l'obstacle botté et grossier » . Une petite jeune femme, un peu ronde, affiche toutefois de jolies formes et tempête sur le trottoir. La trentaine dynamique, elle fouille désespérément les profondeurs abyssales de son sac à main sans y trouver ce qu'elle cherche, avec ardeur pourtant. Les mouvements saccadés de sa quête de femme moderne donnent à ses courtes boucles un rebond comique. Alentours, quelques regards amusés la dévisagent, personne ne s'arrête, quelques chausses abîmées foulent même les morceaux de céramique tombés au sol. Elle cesse ses fouilles, soupire, ramasse les restes de sa récente acquisition et se dirige vers la petite voiture garée sur le passage piéton. Un agent verbalise, elle croise les bras sur son pull moulant rouge et le fixe patiemment. Lorsqu'il a fini, elle tend la main et remercie avec un sourire presque agressif, l'agent s'en retourne prestement. Elle approche le véhicule, passe un doigt découragé sur la rayure de la portière, remarque aussitôt l'antenne cassée sur le toit.

 

- « Décidément ! ... »

 

Hum... Bon, je résume, je suis née adulte donc, au coin d'une rue moyenâgeuse, et c'est un homme atteint de troubles obsessionnels du comportement qui m'a repérée, à cause de mes bottes. L'horloge de l'église fonctionne, pas le cadran de la mairie, normal il n'y a pas de soleil. Les cloches, en pleine crise d'identité, remplacent le sinistre chant du coq, les nuages jouent aux terroristes. Mon curseur, bien aimé géniteur, a le bourdon. Je ne sais pas conduire, je suis toujours une incroyable bordélique dotée d'un vocabulaire fleuri, je suis...ronde ?

 

- « Ben te gênes pas surtout, dis carrément que je suis grosse ! »

Pas de réponse, ça veut dire, ce que ça veut dire, non ? Enfin, au moins je sais à quoi je ressemble. Je dois être sacrément difforme pour afficher un coffre ridicule, une belle poitrine...

- « Obsédée ! »

 

...Le tout monté sur une surcharge pondérale, des jambes courtes et une coupe à la Jackson' Five. Je bénis le saint marque-page d'avoir ôté le talent d'illustratrice à la main qui me guide.

- « Un peu de respect, je te prie !

- « Pardon m'main, mais tout de même, tu m'arranges pas là...

- « Au prochain chapitre je te passe à la chirurgie réparatrice

- « T'en as pas assez de me prendre pour ton souffre-fantasmes ?... »

Voilà, mes mots ont encore dépassé le format de la page, j'écope d'une nouvelle sauvegarde et d'une éternité derrière l'écran noir. Vous appellerez cela le syndrome de la page blanche, d'un clic vous irez surfer ailleurs, vous régalant des palpitantes aventures de mes congénères virtuels. Quant à moi, je sombre dans un coma profond, celui de l'indifférence et du zapping, une petite mort longuement téléchargée avant de s'étaler sur vos écrans de veille... Je suis là, pourtant, je n'oublie pas, moi... Vous, si.

Par Claude Hiquet - Publié dans : prologue - Communauté : Imaginair - Atelier d'écriture
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus