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  • : Claude Hiquet
  • claude-hiquet
  • : Femme
  • : 02/07/1972
  • : ouest
  • : Lire écrire donner vie aux mots mettre des mots dans la vie
  • : J'ai rencontré Claude Hiquet peu de temps avant... Enfin, je vous dirai tout en temps et en heure. A ce moment là, je travaillais et je travaille toujours à prêter ma plume aux autres. Cela donne ceci : http://www.links-services.net/celine.dutheil/ Par temps gris, il m'arrive de rechercher l'évasion. Parfois, dans mes voyage, je fais d'étranges rencontres. Cela donne ceci : http://www.manuscrit.com/catalogue/textes/fiche_texte.asp?idOuvrage=10171 Bref, je vous invite à […]

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Lundi 15 octobre 2007

calamit--.jpg Je sèche. Je dégouline. Les restes de la précédente averse se sont pendues à ma fierté capillaire et agonisent dans les noeuds coulissants de mes boucles tristes et détrempées. Claude doit m'attendre sur le parvis de l'église. Il est la raison, ma raison d'être, il est sage, il est ma sagesse mais... Il a tendance à partir avec, me laissant seule et dépourvue de toute rationalité. Le garagiste doit pester dans les embouteillages à cette heure et je ne sais plus que faire de mon café noir et froid. Page blanche, j'angoisse.


- « Mais... mais que se passe t-il ?

- « Quoi, qu'est ce que j'ai ? !
-
« Ma table ! ma jolie table de bar ! Votre plume bave tout ce qu'il sait ! Non mais regardez-moi ça ! Vous avez baptisé mon marbre blanc d'encre bleue ! 
-
« Baptisé...


- « Ça y est, ça recommence... Je m'appelle Claude Hiquet... Riez, riez... Baptême donc »


 

Un dimanche 14 juin, la lumière prend une religieuse récréation. De pétale en pétale, elle effeuille la rosace du vitrail principal, sous la course régulière et éternelle des lames d'orfèvres du religieux cadran. Le clocher domine sur la rue Pluviôse. C'est jour de fête alors le bourdon, éternel suicidaire dans sa parure de bronze a pendu son cafard à la corde, légère et flottante ce matin de soleil, fière d'être le bras droit d'une mécanique millénaire, ignorante sans doute de son prochain destin de curiosité touristique. Dans quelques trente années, l'ère numérique tiendra la vedette et se déréglera avec régularité, sonnant le tocsin pour les épousailles, l'angélus pour l'aube et le carillon pour l'alarme. Aujourd'hui, le bourdon, dépourvu de cafard, donne le la de la danse des matines « ding ding dong », rythme le pas des noceurs du premier jour et concurrence le chœur des montres à gousset des aieux, sorties pour l'occasion et fièrement brocardées aux poches des gilets. Les nuages et leurs ombres menaçantes n'en sont qu'au balbutiement en matière de technologie météorologique. Leur tentative terroriste a échoué. Le soleil, défenseur d'or et de ciel bleu, demeure invaincu dans l'histoire climatique et décerne son rayon d'honneur au cadran solaire. Il est 10h, horaire astral et les premiers souliers vernis, arrivés de la rue Brumaire, atteignent en chahutant les pavés du parvis de l'église. Ils sont bientôt suivis de raisonnables mocassins beiges, lacés de boucles sages, dévoilant à peine les chaussettes dépareillées des mollets étourdis. Un rien rigides, mais soignés, distingués, nobles jusque dans la sobriété de la tenue des chevilles délicates, les talons aiguilles forcent le respect du piétinement général. Chacun se range, deux à deux, équilibre des hôtes piétons oblige, au passage de ce cortège si féminin. Les pavés sont disjoints, le sol mesquin, la loi de la gravité sans appel, les chevilles tordent, penchent, esquivent la foulure et se redressent, droites sur les talons aiguilles. Le piétinement général s'agite un instant, comme secoué de spasmes incontrôlés avant d'esquisser quelques pas de secours, généreux et flatteurs mais tout à fait inutiles : les talons aiguilles conservent leur stoïcisme jusque dans le burlesque, pas de casse, pas de cris, pas de plainte, à peine un morceau de cuir prisonnier du pavé, agile pas de deux et tout revient dans l'ordre. On se range à nouveau de chaque côté du portail pour l'arrivée de deux petons à peine sortis de leur boîte en carton. Deux petites chaussures, taillées sur mesure, cirées, lustrées, appliquées à marcher droit, empêchent rigoureusement la bagarre incessante de deux pieds d'enfant, belligérants depuis l'époque fœtale. Le « Te Pedeum », sonné l'avant veille sans doute, intime la paix provisoire. Ce matin de soleil, les deux pieds d'enfant endossent un rôle solennel, il leur faut ouvrir la marche au devant d'une sainte ascension. Loin au dessus d'eux, bercés dans les bras d'une mère émue, les pieds creux d'un ange rose dépassent de leur robe blanche.


- « Ange rose et va nus pieds, on progresse, je suis née après l'ère minitel et tous mes compatriotes portent des chaussures, c'est une bonne nouvelle, enfin je l'espère.... »


 

Ils arrivent, solennels, lavés de tout orgueil et sans doute de tout péchés, calmes et blancs, offerts à l'air du jour, maîtres incontestés sur le marbre du lieu saint. Les P.P. (Pieds du Père), guides de toute sainte ascension, paisibles, posés bien à plat sur d'humbles semelles, à peine retenus de lanières fines, déplacent avec précaution les pans d'une aube cléricale, fraîchement sortie du pressing. La lumière a fini d'effeuiller la rosace et enfermé dans son prisme les éclats primaires des vitraux Saint Pierre. En arc de cercle, elle disperse, claire et généreuse, ses paillettes d'or et d'argent au dessus d'une poignée d'âmes chaussées, portant sur les fonds baptismaux un...


- « Un ange rose et va nus pieds qui n'a rien demandé à personne jusqu'à preuve du contraire, on va commencer à le savoir ! 

- « ... Un ange rose et va nus pieds en effet, que rien n'oblige à dormir dans les bras de sa mère émue, si ce n'est la loi de la gravité. Que faiblissent les bras puériculteurs et rien ni personne n'entendra plus parler de Claude Hiquet

- « Admettons... »

 

Un ange rose s'avance donc, sur la nef centrale, tandis que s'éparpillent les convives, à grand bruit de bancs et chaises déplacées, dans les rangs austères mais fleuris pour l'occasion. Les retardataires devront se contenter des pries-dieu des chapelles sombres. Pour le coup, les genoux des pantalons de costumes connaissent leur premier banc d'usure, au grand réconfort des pieds, échauffés d'avoir battu le pavé du parvis.

Le silence est d'or, s'étend sur l'assemblée, à l'heure où la lumière, tombante soudain, dévoile au dessus des chausses, les pantalons, les chutes de robes longues, les fraîches gambettes, nues sous les mini-jupes, les tailles coquettes et ceinturées, les torses bombés ou avantagés, les nuques cravatées, parées de colliers de perles, les visages, pâles ou hâlés, natures ou fardés, graves ou souriants, poupons, adolescents, adultes, vieillissants, ridés ou savamment liftés, éclairés d'un regard parfois, trahissant bien souvent l'appréhension d'une longue et fastidieuse cérémonie.


- « Fort heureusement, l'ange rose ne lit ni n'entend. L'énumération, toute littéraire soit-elle, ne lui aura pas coupé le souffle... »

 

Un souffle s'engouffre par le portail laissé ouvert, une tourterelle s'invite au baptême, d'un battement d'ailes, elle rejoint la chaire du père et s'y perche sans crainte aucune. Trois moinillons gris ont profité de la diversion pour s'aventurer au bas de l'église et picorer les grains de riz jetés la veille au dessus d'un couple d'enfants qui voulaient devenir adultes. La lumière, distraite, frissonne, jetant alentours ses dernières paillettes, aussitôt recueillies par les volatiles avares de tout objet brillant.

Le père accueille la mère émue et la robe blanche où s'agite un ange rose, battant l'air de ses pieds creux. Le bourdon termine sa thérapie. Il laisse aux clochettes de cuivre le soin de retentir, vives et rapides, acclamant l'entrée solennelle d'un ange innocent au panthéon des bien pensants. Chantent les orgues, les chœurs, sonnent les hautbois, résonnent les musettes, chevrotent les voix sans âge, promesses d'éternité de la chorale paroissiale.


- « Des canards après les moinillons, bravo ! »

 

L'église est un monument creux, les statues de plâtre et les pieds de l'ange rose aussi, les cantiques s'enlisent, l'écho de l'ennui bourdonne, la scène est monumentale. Le père est un saint guide. Il prend pitié de ses ouailles, du haut de sa chaire, désigne la tourterelle, les moinillons, les canards, la lumière discrète entre les colonnes de l'autel, étend la main au dessus de l'ange rose, tire quelques larmes des yeux de la mère émue, évince, consciemment ou non, trois petites tâches d'ombre, glissées à l'insu de tous, au pied de l'autel, juste au dessous des pieds de l'ange. La lumière regrette soudain d'avoir perdu ses dernières paillettes, convaincue d'avoir affaire à celles que l'on aura omis de convier aux réjouissances : les calamités.


- « Qu'est ce encore que ça, des calamités
- « Calamités, du latin calamitas, se dit du Tout grand malheur public ou de l'infortune... »

 

Les calamités sont offensées. La lumière tremble derrière ses colonnes de marbre, la tourterelle s'est enfuie, les moinillons gris progressent dans la nef, attirés sans doute, par les jeux d'ombre et de lumière. Rien ne saurait troubler, pourtant, la félicité d'un ange rose, prêt à s'éveiller alors qu'on le penche au dessus des fonds baptismaux.


- « Renoncez-vous... » tremble la voix du saint père

- « Aux félicités ! » chuchotte l'une des calamités, si bas que personne ne l'entend et...

- « Nous renonçons ! » promet l'inconsciente et sage assemblée. L'ange, comme averti d'une mauvaise trame, s'éveille, rougit, émet son premier cri.

- « Renoncez-vous... » reprend la voix paternelle

- « A la sérénité ! » risque la seconde calamité, si petite que personne ne la voit et...


- « Nous renonçons » promet encore l'assemblée, obéissante à l'assentiment de la mère émue. L'ange, rouge écarlate, hurle et diffuse son tout premier parfum... Rose...

- « Renoncez-vous... » invective la voix, sainte, masculine, convaincue et convaincante

- « C'en est assez ! » s'exclame alors la lumière, ébouriffée d'éclats éparses des couleurs des vitraux Saint Pierre. A l'éblouissement général, la gerbe lumineuse se libère des colonnes de marbre, s'élance dans le vide et retombe en arc en ciel sur la dernière calamité qu'elle écrase de sa toute puissante décompression prismique.

- « Catastrophe ! » s'épouvantent les deux calamités survivantes. Effrayés par l'étrange rayon, trois moinillons gris s'envolent et se sauvent par le porche de l'église.

L'assemblée, aveuglée, déconcentrée répond un vague et inaudible « nous renonçons ». Au dessus du clocher millénaire, veille l'Eternel, dans l'attente de son nouvel angelot. Nul doute qu'il n'aura rien entendu, déjà indisposé par l'étrange et non moins infernal parfum de son futur hôte terrestre, fait à son image cependant. La mère émue, un rien gênée, soudain, face aux effluves d'un pot pourri émanant de la robe blanche de son ange cramoisi, feint de suivre la cérémonie. L'assemblée des premiers rangs étouffe quelques rires. Pour dissiper la confusion, on allume un cierge. La lumière se concentre sur la flamme mais... Pas de félicité, plus de sérénité, le destin de l'ange au court bouillon est scellé pour ainsi dire.


- « Oui, enfin, pas tout à fait... Permettez ? »

 

Qui ose ? l'Eternel intrigué lève un céleste sourcil, le prêtre lève une main prolongée d'un goupillon, la lumière décoiffe la flamme, étincelles, la tourterelle revient se percher en chaire. Au dessus du calvaire, une étoile scintille en désordre.


- « La bonne étoile ! Enfin ! Z'êtes en retard ! » grommelle l'Eternel, ravi pourtant, d'avoir voix au chapitre, devançant à ce moment de l'histoire, le saint marque page et curseur son acolyte.

- « Navrée l'éternel, colloque des super nova, je pouvais pas rater ça

- « Oui, oui, épargnez nous les commentaires et filez à l'autel, on vous attend »

 

La bonne étoile, marraine intérimaire de l'ange rose odorant, s'accroche au jeu de clefs du Saint Pierre vitrail et s'applique à renverser la vapeur noire des calamités. Le goupillon fend l'air une première fois.


- « Croyez-vous... » interroge le maître de cérémonie

- « à l'inversion » souffle la bonne étoile interrompant les calamités

- « Nous croyons » entonne l'assemblée

- « Croyez-vous... » poursuit le prêtre

- « au sommeil réparateur » intervient promptement la bonne étoile

- « Nous croyons ! » affirme l'assemblé

- « Croyez-vous... » insiste le religieux

- « A ma sainte balayette » ironise la bonne étoile, renvoyant pour un temps, les calamités à leurs chères poussières

- « Nous croyons » répète l'assemblée, scellant pour de bon l'angélique et rose destinée

 

La scène se fixe un moment dans l'arc de lumière, à présent blanchi de toute coupable impuissance. Une dernière ombre couvre le clocher millénaire, les vitraux Saint Pierre, l'autel, le prêtre, l'ange, la mère émue et l'assemblée chaussée. Eclair, tonnerre, l'Eternel est en colère.


- « Qu'est ce que c'est que ce Baratin de potache ! ? Où vous croyez-vous la bonne étoile ? Chez Harry Potter ?

- « S'cusez l'Eternel, pas eu le temps de réviser mon bréviaire, j'ai improvisé...

- « Expliquez...

- « Oui... Heu... Bon. L'inversion pour récupérer un temps soit peu de félicité... Le sommeil réparateur pour une sérénité au moins nocturne... Ma sainte balayette pour intervenir en cas de calamités impromptues... Voilà, un peu d'imagination, faites un geste l'Eternel !

- « Va pour l'imagination, adjugé, baptisé ! » Conclue l'éternel soufflant sur le bras du prêtre qui abat le goupillon, une dernière fois, au dessus de l'ange rose aux pieds creux. Chantent les orgues, les chœurs, sonnent les hautbois, résonnent les musettes, chevrotent les voix sans âge, promesses d'éternité de la chorale paroissiale. La tourterelle s'élance à nouveau, prise dans l'appel d'air du portail ouvert, les moinillons gris se sont dispersés, les calamités sont poussières sur le parvis, piétiné à présent par les chausses enchantées de l'assemblée délivrée. angelots.jpg


- « Dois-je réellement commenter cette foire ?

- « Non, pas la peine

-
« Tout de même, m'main, que dois-je faire d'une paire de calamités, d'une bonne étoile et d'un Eternel en pétard ?

-
« Veille et devient veilleur...


-
« C'est malin !

-
« Un peu d'imagination, te voilà baptisée, tu voulais un nom, une histoire, alors...

-
« Alors... Ainsi baptisa t-on Claude Hiquet, riez, riez, un dimanche 14 juin, dans une religieuse récréation d'ombres et de lumière... »

 

Voilà, c'est comme ça que j'ai commencé d'exister, en dégoulinant d'un plume hors d'âge, victime d'une averse meurtrière, (et l'on parlera de dégâts collatéraux...), bref hors d'usage, se vidant de son encre sur le marbre d'un troquet, à l'heure où, curseur, mon bien aimé géniteur, dormait encore sans doute, ignorant (le bienheureux) des dernières trouvailles de la main qui me guide. A coup de goupillon, on a ouvert la porte de mon monde virtuel aux vers, aux spasmes (ou spams, je n'ai jamais su distinguer les uns des autres), le tout regroupé, si j'ai bien suivi, sous le nom de « Calamités ». Je veille, depuis, sous les conseils d'une main pieuse, en vain, puisque toute veilleuse que je suis, jamais, jamais, je n'ai aperçu ni ressenti les bienfaits de ce qui devrait me sauver : l'énigmatique bonne étoile.

- « Sans doute n'as tu pas encore trouvé la lumière, un peu d'enseignement pour mémoire, je ne suis pas ta carte mère, mais en son nom, je te somme de rejoindre les bancs de l'école...

168-banc.jpg

 

Par Claude Hiquet - Publié dans : Génèse - Communauté : Imaginair - Atelier d'écriture
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