| Novembre 2009 | ||||||||||
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C'est la rentrée. Une rentrée très 70's. L'interminable trottoir, couvert déjà, de feuilles à la mort dorée, se jonche aussi de sandales à pâquerettes, de tongues à papas cools, de bateaux bleus pastel, verts parfois, dont les lacets de cuir serviront sans doute de canots de sauvetage aux ampoules à venir. Au cœur de ce trafic piéton et bariolé, de tous petits mocassins, de toutes les couleurs eux aussi, des rangées de souliers vernis derniers cris, arpentent le bitume, tantôt maladroits, tantôt sautillants, tantôt fiers d'une démarche très assurée. Quelques uns recueillent les auréoles salées des larmes, suivant cahin-caha le rythme imposé des tongues à papas cools. Seuls deux petits pieds adoptent un pas robotisé, un rien honteux. Sortis d'une usine inconnue, loin de toute mode « yé yé & Cie », les deux petons connaissent l'enfer de la rentrée depuis leurs tous premiers pas. Victimes de leur entêtement à ne rien faire comme les autres, ces deux indociles ont refusé le contact froid et obligeant du sol, brisant, quelle infamie, la loi sacrée de l'apesanteur. Parce qu'ils ont tenté de prendre de la hauteur, entraînant une innocente enfant à se mouvoir sur la pointe de pieds, on a voulu les corriger, à défaut de les punir. Les voilà prisonniers de chausses lourdes et droites, faites de cuir dur, ne laissant aucune liberté, surtout pas celle de se prendre pour l'apanage d'une danseuse étoile ou, pire encore, pour un porte manteau. Pour les petons sans forme, il n'est d'autre issue que de marcher, droit, sur tous les appuis, notamment ceux de l'inexistante voûte plantaire. L'auteur de la barbarie ? Le bon podologue, adoré de l'innocente enfant, pour offrir une fois par moi, la liberté de se mouvoir sans chaussures, sur un drôle de tapis roulant. Il regarde le pas rebel, juge, évalue, fait monter l'enfant sur une vitre réfléchissante, lui chatouille ses pieds creux en traçant les courbes de la prochaine paire de chaussures orthopédiques. La minuterie médicale fait son métier de coûteuse horloge : elle sonne, elle estime, elle enregistre les honoraires astronomiques du spécialiste du redressement pédestre. L'innocente enfant rechigne un peu, on connaît sa gourmandise, on lui offre une sucrerie, elle cesse de geindre et remet ses atroces chaussures.
Ce matin de rentrée, Claude Hiquet connaît les premières coquetteries féminines et remarque avec effarement sa différence. Dans le flot discontinu des tous petits souliers, elle n'est plus qu'une paire hideuse de vilains petits canards.
Dans leur coin, les calamités ricanent, savourant leur toute première victoire. La bonne étoile dort, du sommeil du juste.
- « Je m'en vais te la réveiller moi, la
bonne étoile, et fi ça encore ! Eh ! Oh ! L'astre stellaire ! qu'est ce que tu attends ? Que je te déballe la constellation rouge ?
La tourterelle revient se percher en chaire. Au dessus du calvaire,
une étoile scintille en désordre.
- « Non, non, ça c'était il y a trois ans, ainsi
baptisa t-on Claude Hiquet, riez, riez etc... Depuis curseur s'est fait la main, la main se serait bien fait la malle et pendant ce temps là, je piétine coincée dans d'horribles
godillots