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C'est une histoire de gamelle où le ciel joue son rôle, infiniment grand, juste au dessus de
l'infiniment petit. Il est 13 heure juste au cadran du clocher de l'église dominant sur les rues Pluviôse et Brumaires. Non loin de là, la rue de l'Escapade débouche sur le chemin des écoliers.
Deux écoliers justement, ont pris la clef des champs, choisissant d'abandonner cartables et cahiers pour aller faire trempette dans les vagues bleues de ce début d'été. L'astre solaire est
frileux, le fond de l'air garde en mémoire les frasques d'un printemps capricieux, qu'importe, deux paires de godillots vivent la brutale exclusion de leur monde de petons indociles. Deux paires
de pieds s'exhibent sans contre-façon au grand dam des palourdes et autres fossiles tout autant conservés que conservateurs. Au diable les pavés des rues édentées, au diable les danses militantes
et les matraques. L'innocence de l'enfance ne sait pas encore qu'on se permet d'interdire l'interdit. L'innocence de l'enfance s'en fout finalement. Tandis que leurs jeunes parents, défendent
l'avenir qu'ils tiennent pour acquis, les joyeux marmots caressent la plage de leurs pieds roses et libérés des godillots, se roulent dans les mares, prennent leurs pieds, au sens propre comme au
sens figuré, l'apanage de l'enfance que la souplesse du cœur et du corps ! C'est la période la chasse aux crabes cachés sous les pierres à chevelures d'algues, alors les galopins deviennent
apprentis archéologues des fonds marins à marée basse. Les petits crustacés s'enterrent, les doigts s'enlisent, s'agrippent, s'écorchent, les pieds, point d'amarre et d'équilibre des postérieurs
dansant au raz de l'eau, sont enfouis dans la vase, la quête des bébètes à pinces s'avère longue et fastidieuse. Pataugeant, babillant, les baigneurs en herbe se dandinent, les fesses humides,
les cheveux fleurant bon le sel marin. La scène est touchante, les premiers gardes-côtes écrasent une larme derrière leurs jumelles. C'est l'instant rêvé pour l'improbable catastrophe. Les
calamités sont à peine dans leur prime jeunesse, encore au nombre de trois. En pleine errance pourtant, à la recherche de la victime idéale, elles interceptent le langage codé des crabes effrayés
et des pierres au supplice de ces doigts qui tirent sur leurs cheveux d'algues. Par jeu ou pour entraînement, les calamités s'immiscent dans les carcasses des crustacés en mue et s'investissent
pourfendeurs de justice en faveur des pierres chevelues et des crabes pourchassés. Une étoile de mer, alanguie sous une fine couche de sable, étire ses tentacules avec nonchalance. Elle se
prélasse dans les reflets d'or des vaguelettes, savoure la cour de l'astre solaire, sait comme il est bon de se faire attendre de l'amant éperdu. Pour se donner sous son meilleur jour, elle
attise encore le feu des rayons ultra violets, son bain chauffe doucement tandis qu'elle digère sans hâte les mollusques pris au piège de sa gourmandise et se pare de leurs coquilles. Quelle fin
tragique que celle de l'étoile de mer, victime à la fois des calamités et du poids de deux écoliers tombés sur leurs derrières. Les calamités, envenimant la vengeance des pierres à chevelures et
des petits crustacés, ont saboté l'équilibre des petons indociles, enduit les algues de leur fiel glissant, animé les pinces par trop inoffensives, des pires intentions. Sur une tignasse
verdoyante, les enfants ont glissé, basculant un instant pour retrouver leur équilibre, en vain, la main tendue au compagnon de plage s'est trouvée piégée dans une patte de crabe, un cri, une
pierre bancale ont fait le reste et deux bambins sont partis à la renverse, chutant de tout leur poids sur le coeur d'une étoile de mer amoureuse du soleil. L'astre vivant, mortellement blessé, a
révélé, du fond de ses plaies, les pierres précieuses, éclats d'un vieux fossile savamment décortiqué. Les écoliers, trempés de la tête aux pieds, les genoux écorchés, ont versé quelques larmes
sur leur première blessure de guerre, sur leur innocente victime et promis d'emporter comme une preuve vibrante d'une vie après la mort, l'étrange trésor de l'étoile de mer. L'astre solaire,
cependant, éperdu de chagrin, à puni sévèrement les pilleurs de mares. Aveuglant les yeux si fragiles, il a profité de leur cécité momentanée pour dérober le coeur diamant de sa bien aimée et
l'accrocher au firmament, témoignage éternel de l'ardeur d'une étoile amoureuse du soleil. En épitaphe il a gravé ces quelques mots dans les brumes d'un nuage qui passait par
là.
- « Ci-git
ma bonne et douce étoile. A jamais nous voici réunis, je serai Soleil, roi protecteur des girouettes otages, tu seras bonne étoile, sainte patronne de toutes les victimes des terrestres
calamités »
Ainsi naquit ma bonne étoile, mollusque avachi, réincarné en étoile endormie au firmament
d'un astre solaire amoureux d'une étoile mer. C'est du moins ce que je suis censée raconter aux éminents représentants de l'éducation internationale et virtuelle, ça promet
!
- « Le mollusque avachi t'informe qu'il prévaut sur
l'ordonnance de ta prochaine mise en veille...
-
« Ce n'est pas une histoire, c'est un conte, celui d'une étoile de
mer amoureuse du soleil et non l'inverse, et puis c'est mon histoire, que tu le veuilles ou non
- « J'en déduis que tu es à la fois la main qui me guide, la bonne étoile, le goupillon pourfendeur de calamités, tu es quoi au juste
?
-
« Tu me casses les
pieds
- « Justement, en parlant de pieds, je suis toujours coincée dans mes godillots. Bonne étoile ou pas, peut-être pourrais tu faire
quelque-chose...